Tu es partit. Partit sans me prévenir. Pas un mot, une lettre, un signe. Rien. Je fut livrée à moi-même. Seule contre tous. Seule face à leurs regards. Eux savaient. Ils savaient que tu avais pris un billet aller simple. Le retour, disaient-ils, ce sont les souvenirs.
Et si je ne voulais pas me souvenir ?
Pourquoi ne m'as tu pas demandé mon avis ? Moi, j'aurais pris la main que tu me tendais. Je ne l'aurais pas lâché. Il aurait ainsi fallu deux billets...
Nous avions appris à marcher ensemble, main dans la main ; nous voulions voyager ensemble. N'était-ce pas cette occasion tant attendu ?Mais encore une fois ton caractère, que j'entretiens jours après jours, a pris le dessus. Comme toujours. Tu as donc décidé de partir et de t'accrocher à cette indépendance a laquelle nous rêvions, gamines.
Le jour de ton départ, il m'ont dis que j'étais courageuse. Ils ont tord. La plus courageuse, c'est toi.
Ils m'ont dis que j'étais mature. Peut-être bien...mais c'est grâce a toi...
Et malgré cette journée sombre et salée, ils l'ont remarqué.
Ce sourire, mon sourire, notre sourire.Ils furent émus. "Elles se ressemblent."Oui. Je te ressemble et j'en suis fière.Tellement fière, que j'ai décidé de suivre la voie que nous avions choisi avec beaucoup d'ambition : je serais artiste.De ton côté, n'oublies jamais. N'oublies jamais que nous serons artistes. Que nous sommes amies. Que je t'aime...
Peux-tu m'en faire la promesse?
Je me détourne lentement de cette boîte blanche qui, quelques instants plus tôt, me faisait face.
Une promesse...Une vraie...Scellée par la haine et le goût de mes larmes.Non, je ne m'attacherais plus. Tu es l'unique. Le cœur lourd, je marche dans l'allée sombre.Je sens dans ma poche un papier. Le papier.
Oui. J'ai pris un aller simple, pour ce soir...